Jérusalem 1900 (l'oubli des avenirs possibles)

Voici un livre qui m'a captivé, pas seulement par son objet, qu'on sait soumis à toutes les passions du monde, mais surtout par ce qu'il comporte de réflexion sur la façon d'écrire l'histoire.
 
Cette recherche coordonnée par l'historien français Vincent Lemire, spécialiste de l'histoire urbaine, est une plongée dans une tranche du passé de la ville. Six à sept décennies (1860 – 1930). Un âge des possibles, celui d'une agglomération en vertigineuse croissance démographique et en plein développement économique. Une ville ottomane (jusqu'en 1917) bénéficiant de la modernisation d'un Empire multinational se dotant d'instruments d'administration modernes, au seuil du parlementarisme et de la décentralisation municipale.
 
Cette histoire de Jérusalem est bien sûr une histoire interrompue, par la Première Guerre Mondiale, qui se solde par la dissolution de l'Empire et le Mandat britannique.
 
La citation introductive, de Paul Ricœur, est magnifique :
 
« Quand l'histoire s'efforce de reconstruire, de reconstituer ce qui a été dans le passé la façon de vivre, de percevoir le monde, il faut tenir compte de ceci : les hommes du passé avaient un futur qu'on peut appeler le futur du passé, qui fait partie de notre passé à nous. Or une grande partie du futur du passé n'a pas été réalisée. Les gens d'autrefois ont eu des rêves, des désirs, des utopies, qui constituent une réserve de sens non réalisé. Un aspect important de la relecture et de la révision des traditions transmises consiste dès lors dans le discernement des promesses non tenues du passé. Le passé en effet n'est pas seulement le révolu, ce qui a eu lieu et ne peut plus être changé (définition très pauvre du passé), il demeure vivant dans la mémoire grâce, je dirai, aux flèches du futur qui n'ont pas été tirées ou dont la trajectoire a été interrompue. En ce sens, le futur inaccompli du passé constitue peut-être la part la plus riche d'une tradition. »[1]
 
Derrière elle s'ouvre un monde méconnu, et trop souvent volontairement méconnu :
 
Celui de la division artificielle de la vieille ville en quatre quartiers aux frontières claires (juif, musulman, chrétien, arménien), évidence de tous les guides touristiques d'aujourd'hui : une pure invention du XIXème siècle. Un constat établi documents à l'appui en tenant compte de la toponymie des siècles précédents, et des recensements des foyers, disponibles pour la période étudiée.
 
Celui de l'imposition orientaliste du regard des pèlerins européens, à la recherche du passé mystique et mythifié de leur religion (toujours au singulier). Un processus à revivre avec un peu d'ironie et beaucoup de questions : quand les lieux saints chéris par les trois religions il y a un siècle coïncidaient parfois, ou différaient fort de certaines reconstructions effectuées depuis lors en partiel dépit des preuves archéologiques. Un processus effarant aussi, qui voit des générations de visiteurs vouloir voir, et finalement créer l'incarnation de mythes en perpétuelle réinvention, tout en méconnaissant et en décriant ce que les vrais habitants de la ville s'évertuent à construire pour eux-mêmes.
 
Celui de gouverneurs ottomans fort professionnels et d'une administration municipale multiconfessionnelle (1863-1934) agissant sans trier ses habitants sur base religieuse ou ethnique. Avec pour résultat la modernisation à marche forcée, les infrastructures routières, le chemin de fer, une relative avance sur le reste de l'Empire, des élites cultivées. Des fontaines, des réseaux d'adduction d'eau, des stratégies d'occupation des sols, une administration des permis de construire, des fondations d'enseignement et de santé.
 
Celui d'un temps laïque ou sécularisé qui émerge, produit de cette administration locale ottomane. C'est la construction de la Tour de l'Horloge par la municipalité (1907), un symbole, qui affichait une heure non indexée sur les églises, les mosquées et les synagogues, un phare qui diffusait la lumière (au sens propre) loin aux alentours. Un symbole, aussi, qui choqua tant ceux qui ne voulaient que d'une Ville Sainte, qu'elle fut détruite dès 1922. Par les autorités mandataires britanniques, donc.
 
Celui d'un moment historique qui culmine peut-être en août 1908, lors du rétablissement de la Constitution libérale ottomane, avec quinze jours de liesse populaire impliquant tous les groupes linguistiques et religieux. Des scènes de fraternisation, des scènes unissant des personnes qui sont, peut-être, en train de devenir des citoyens égaux d'un État moderne. Écoutons les mots du correspondant de la revue Jérusalem:
 
« Le bruit court que désormais on peut circuler librement partout, même à la mosquée d'Omar, où jadis on n'entrait qu'escorté d'un cavas ou d'un soldat turc […]. Le groupe juif, bannière en tête, s'en va directement à la mosquée d'Omar, vers ce coin de terre qui, durant onze siècles, depuis Salomon jusqu'à la destruction de Jérusalem par Titus fut le théâtre unique de la vie religieuse du peuple de Dieu. L'entrée, depuis quinze cents ans, en était interdite aux fils d'Israël ; aujourd'hui, les imams les accueillent avec enthousiasme, les embrassent, leur servent des rafraîchissements: tous sont frères, tous sont ottomans ! Pourvu que ça dure ! »
 
Une citation que je choisis ici, évidemment, parce qu'elle contraste très fort avec la triste réalité actuelle.
 
Comment ce monde s'est effacé, ce n'est pas trop difficile à comprendre. Fin du cadre institutionnel commun ottoman, installation du Mandat britannique, constitution progressive de nationalismes rivaux, Guerres Mondiales.
 
Comment ce monde a été oublié, c'est plus intéressant car plus révélateur de la façon sélective et partisanes dont fonctionnent les mémoires, y compris parmi les chercheur.se.s. Pour Vincent Demire, plusieurs traditions historiographiques, pourtant antagonistes, y ont conspiré efficacement.
 
  • Celle, orientaliste, des Occidentaux majoritairement chrétiens, qui réduit la Palestine pré-mandataire à un pays arriéré, prêt à l'épisode colonial 1917-1948, et assaisonné de clichés bibliques ;
  • Celle du cliché/slogan sioniste "une terre sans peuple pour un peuple sans terre", tellement incroyable dans son outrance et tellement lent à disparaître des références collectives ;
  • Celle, aussi, des différents nationalismes arabes (palestiniens comme panarabes), qui se sont aussi constitués en premier lieu contre la domination ottomane à laquelle ils ne pouvaient reconnaître de mérite.
 


[1] Paul Ricœur, "Identité narrative et communauté historique", Cahier de politique autrement, 1994.

"Le Village" et nous : passé révolu, imaginaire omniprésent


Publié en 2012, La fin du village – Une histoire française se lit avec grand plaisir malgré son volume. Jean-Pierre Le Goff, avec un sens de l'observation nourri par son expérience de sociologue, examine le monde villageois de Cadenet, entre la Durance et le Luberon, et ses métamorphoses depuis le début du XXème siècle.
 
Avec bonheur, il donne la parole aux témoins d'un "peuple ancien", rencontrés depuis qu'il a commencé à fréquenter ce bout de Provence il y a une quarantaine d'années, mais aussi à leurs enfants, et aux nouveaux installés, qui ont fini par représenter la majorité de la population locale.
 
Quelques caractéristiques de Cadenet permettent de comprendre pourquoi ce bourg, malgré son cadre enchanteur, représente des réalités sociales qu'on retrouve dans une très vaste part du territoire français et européen.
 
  • Certes, la région est touristique, mais le village lui-même est à l'écart du tourisme de masse, et les prix y sont plus abordables que dans d'autres localités ;
  • Cumulée à sa situation à équidistance d'Avignon, Aix-en-Provence, Marseille et le site nucléaire de Cadarache, cette caractéristique en fait un lieu privilégié d'installation pour les populations périurbaines.
 
Un monde englouti ? Celui qu'ont connu les générations nées jusqu'aux années 1960
 
Le rythme des évolutions varie, et les histoires locales diffèrent par bien des caractéristiques. Pourtant, Le Goff explore à Cadenet des souvenirs qui lui rappellent sa Normandie natale. Ils évoquent aussi le monde que m'ont décrit mes parents, élevés dans d'autres régions.
 
Lentement, la seconde moitié du XXème siècle a recouvert, comme une marée, un monde dont le souvenir imprègne encore nos façons de penser. Un monde dans lequel :
 
  • Quelques activités économiques, moins diversifiées, faisaient vivre toute une région (ici, l'agriculture et la vannerie) ;
  • Les chemins, les rues et les places étaient pleines à toute heure d'enfants, d'adultes en conversations, et de travailleurs dans leur champ, sur le seuil de leur petite boutique ou de leur atelier à domicile ;
  • Le sentiment d'appartenance collective, allié à une certaine homogénéité et à une faible mobilité géographique, était une évidence ;
  • Les rôles sociaux et politiques étaient clairement définis, et non moins clairement endossés par des visages familiers : associations d'anciens combattants, républicains, communistes, catholiques…
 
Pour comprendre ce monde englouti, et surtout pour comprendre comment il conditionne encore nos propres perceptions, ce livre est un outil formidable.
 
La description "en live" de dynamiques géopolitiques locales bien actuelles
 
La profondeur historique de l'étude de Cadenet permet à Le Goff de bien décrire la rencontre entre populations anciennes (les anciens provençaux) et populations nouvelles (périurbains, retraités, amateurs de soleil descendus d'un "nord" qui commence à Lyon).
 
Cette rencontre ne va pas de soi. On le voit dans l'étude minutieuse de la vie associative, de la vie politique municipale, dans les propos tenus par les uns et les autres. Il n'y a plus d'unité. Les anciens, devenus minoritaires en l'espace de deux générations, défendent des traditions agonisantes. Les autres demandent des services bien concrets, nombreux et hétéroclites : aide aux familles, garde d'enfant pendant les horaires de travail, offre culturelle diversifiée, écoles, maisons d'accueil pour personnes âgées…
 
Les transformations du cadre institutionnel et administratif, qui ne sont pas propres à la Provence, s'ajoutent à ces bouleversements. À Cadenet, le Parc naturel régional du Luberon incarne ce phénomène, avec une multiplication de règles plus ou moins compréhensibles pour les habitants, associée à un discours à la fois managérial, bien intentionné et infantilisant.
 
Il faudrait encore citer la très juste représentation de la fin des référents idéologiques, qu'ils relèvent du républicanisme laïque, du communisme ou du conservatisme et de l'Église. La propension à clôturer les propriétés, les terrains des particuliers comme ceux de certains businesses (le camping local qui vit en vase clos, coupé du village, offrant ses propres commerces). Les espaces communs, de pensée comme de vie, sont amputés.
 
Enfin, une réalité matérielle, palpable tous les jours et à chaque coin de rue, s'impose : le travail n'est plus ici. Chacun devient mobile pour garder un emploi, les anciens face au recul des terres agricoles et à la disparition de la vannerie, les nouveaux car leur agenda hebdomadaire est rythmé par les migrations pendulaires. C'est toute une partie de la vie qui ne se déroule plus au village.
 
Faut-il s'angoisser ? Être nostalgiques ? Dénoncer ? Reconstruire ?
 
C'est à chacun d'en décider. Il faut surtout constater un changement massif et accéléré, qui a collectivement pris notre société, et la prend encore au dépourvu.
 
Côté négatif :
 
  • Moins de repères communs pour faire société ;
  • Plus de précarité, plus de mobilité forcée ;
  • Une multiplication des règles subies et non comprises ;
  • Une plus grande hétérogénéité des références culturelles, mais accompagnée d'un moindre partage et d'une incompréhension croissante ;
  • La disparition de métiers traditionnels et d'une certaine présence humaine (l'histoire des cafés et de leur déclin est édifiante !)
 
C'est sûr, le changement qui s'est imposé n'est pas celui dont rêvaient les quelques soixante-huitards arrivée à Cadenet il y a 40 ans.
 
Pour autant, faut-il sombrer dans les rengaines de type "c'était mieux avant" ? Il est sain de garder aussi à l'esprit que :
 
  • Le monde d'avant laissait bien peu de place à l'originalité ;
  • Chacun y surveillait tout le monde ;
  • La stabilité du paysage politique ou associatif avait pour corollaire un contrôle durable des structures de pouvoir et de représentation par les mêmes personnes, et une moindre variété d'expériences pour chaque individu au long de sa vie.
 
À chacun de juger du ton nostalgique de l'ouvrage, donc. Mais il est à lire. Les fresques qu'il peint ont les couleurs justes. Les questions qu'il pose sont utiles pour remettre dans une perspective historique l'enjeu de continuer à exister, mais aussi vivre et travailler ensemble.

Nous, Albert Thomas, les crises internationales, les années 1920-1930 et les droits sociaux...

La comparaison avec les années 1920 et 1930 est une tarte à la crème, dont on ne sait jamais à quel point elle est abusive. Le livre À la rencontre de l'Europe au travail, récits de voyage d'Albert Thomas (1920-1932), recueil de notes de voyages classées dans les archives du Bureau international du travail (BIT), permet de revivre concrètement cette période historique pour elle-même, de tenter de comprendre la logique des acteurs sociaux, sans partir des parallèles historiques risqués.

Albert Thomas, socialiste français et directeur du BIT, se déplace pendant tout son mandat en visite dans les différents pays. Connaisseur de la politique internationale de par sa carrière antérieure, il visite, dans ses déplacements, autant d'usines, d'exploitations agricoles, de maisons du peuples et de sièges d'organisations patronales que de ministres, princes et présidents. Cela tient à la nature de son organisation tripartite (dans laquelle chaque délégation nationale est composée de représentants gouvernementaux, syndicaux et patronaux). Cela tient aussi à son militantisme et à son engagement entier dans sa mission : construire, par l'accumulation des ratifications de conventions sociales, un ordre juridique européen et international des droits sociaux, condition pour une paix durable.

Ses notes sont présentées par pays, précédées par des résumés synthétiques sur la situation politique, économique et sociale des Etats de l'époque. Ces éléments de rappel sont suivis de récits de visites, de consultations, de conversations officielles ou privées, de comptes rendus de l'accueil réservé à ce haut fonctionnaire international, à la fois en fonction de sa fonction, de son appartenance au socialisme démocratique, et de sa nationalité française. 

On y découvre des éléments généralement oubliés de ce qui construit l'histoire des peuples : la façon dont les personnes et les organisations s'observent, la construction progressive de leurs alliances, l'évolution de leurs choix, l'importance de ceux que les récits historiques trop résumés oublient ensuite. C'est ainsi qu'on peut assister, par le regard de Thomas, et pour ne citer que quelques exemples :

  • À l'émergence d'Etats baltes oppressés par les menaces qui pèsent sur leur existence ;
  • Aux débats au sein du syndicalisme polonais, chrétien ou de gauche, dans un Etat oscillant entre démocratie et autoritarisme ;
  • À la comparaison des priorités respectives des gouvernements de Primo de Rivera à Madrid, et de la bourgeoisie catalane de l'époque des Expositions Universelles de Barcelone ;
  • Aux hésitations de Mussolini entre plusieurs modèles sociaux, plusieurs attitudes diplomatiques et plusieurs systèmes d'alliances internationales ;
  • À la lecture par le visiteur des situations sociales et des efforts de développement dans les Balkans, sans ignorer les nationalités susceptibles de se heurter, mais en mettant en avant les difficultés qui leurs sont communes ;
  • À la description de la force industrielle capitale de plusieurs régions d'Europe centrale, aujourd'hui de retour au centre de l'Europe (Tchéquie, Silésie) ;
  • Aux discours féministes très contemporains de l'Europe du nord, et leurs refus des conventions limitant asymétriquement le travail des femmes "pour les protéger" !
On découvre surtout un monde déjà traumatisé par l'horreur de la Première Guerre, où les risques abondent, mais où aucune des catastrophes qui suivront ne sont encore écrites. Et un monument humain, de politique, d'espoirs et de diplomatie, parfois d'illusion, dont nous ne pouvons prévoir l'échec que parce que nous sommes nés bien plus tard. Et qui nous est pourtant étrangement familier, car c'est le monde dans lequel nos grands-parents ont grandi.

Faut-il en tirer des conclusions ?


Pour qui a sa chronologie du XXème siècle bien en tête, il y a des points trop similaires avec ce que nous vivons : montée des mouvements xénophobes dans l'opinion et dans les urnes, poussées de plus en plus sensibles et de plus en plus organisées, barrages démocratiques dans les urnes, qui rassurent, "jusqu'à la prochaine fois" (pensons à la réélection confortable de Hindenburg à la Présidence de l'Allemagne en 1932, soutenu par tous les partis démocratiques, l'année avant l'avènement d'Hitler...). Ou encore tensions nationales et politiques, dont on espère qu'elles ne dégénéreront pas en violence ouverte, car rien n'est perdu, jusqu'à ce que...

Bien sûr, il y a tout autant de points de différence : tout ce que nous vivons de problématique en 2017 était déjà présent dans les années 1990 voire 1980, partis extrémistes et tensions nationales comprises. Et cela n'a pas explosé (sauf dans les Balkans). Nos extrémistes du jour n'ont pas d'idéologies aussi élaborées ni totalitaires que les Mussolini, Hitler ou Staline d'alors. Même si. Lire ce qu'en écrivaient les observateurs d'avant guerre fait surgir le doute. Y compris quand Albert Thomas, critique d'un fascisme italien excessif sur la méthode, s'intéresse néanmoins sincèrement au corporatisme social qu'il met en place. Ou écoute sans doute apparent les analyses annonçant le reflux du nazisme, quelques mois avant son triomphe.

Il me semble toutefois qu'il y a effectivement une conclusion à tirer : c'est que l'histoire s'écrit collectivement. Qu'il faut le savoir. Qu'il faut toujours refuser les réductions et les simplifications, particulièrement celles qui déforment la pensée et les stratégies de ses autres acteurs et partenaires.

La gauche organise-t-elle sa propre péremption ? (Listen, Liberal. Par Thomas Frank)


"Qu'a-t-il bien pu arriver au parti du peuple?"

 

C'est la question qui forme le sous-titre de cet ouvrage, un best-seller aux États-Unis[1], dont l'auteur est un "libéral" revendiqué (c’est-à-dire très à gauche, en anglais américain, favorable à la redistribution par la puissance publique et socialement progressiste), qui alimente régulièrement la pensée politique et critique à la gauche du Parti démocrate.


Les réponses qu'il apporte résonnent très fortement en Europe.


Peut-être plus particulièrement encore dans la France en transition du socialisme "de l'offre" de François Hollande au libéralisme supposé "de progrès" d'Emmanuel Macron.


Le livre de Thomas Frank n'est pas un simple pamphlet. Il s'ancre dans l'histoire des structures gouvernant le Parti démocrate et des choix opérés explicitement depuis la fin des années 1960, comme la rupture avec le monde du travail et des syndicats.


De nombreux chapitres scrutent les dynamiques personnelles et institutionnelles à l'œuvre durant les mandats de Bill Clinton et de Barack Obama. Ils constatent leur propension à renforcer voire impulser les politiques de libre-échange (ALENA) et à se résoudre à des compromis mous et d'une haute complexité technocratique (Obama Care). Pourtant, le cœur de l'ouvrage, d'autant plus utile qu'il est applicable au vieux continent, est le suivant :

  • L'émergence d'une "classe libérale" à la tête du Parti démocrate. Certes pas constituée du "1%" de Wall Street et des milliardaires réactionnaires de type Bush ou Bersluconi. Mais bien de professionnels hyper-diplômés, massivement issus de l'Ivy League, appartenant à des corporations structurées, socialement libéraux et résolument anti-discrimination. L'archétype de cette classe vit dans la nouvelle économie de la côte ouest, ou dans les services financiers de la côte est… Et s'il n'est pas toujours milliardaire, il est bien souvent millionnaire. Le parti du peuple est aux mains des "10%" !
     
  • Conséquence ? Une focalisation exclusive sur des solutions partielles. Tout miser sur l'éducation, combattre les discriminations. Des politiques utiles et louables, mais soutenues par (ou défendues au moyen de) l'illusion qu'elles résoudront tout. Sans plus chercher à remettre en cause les inégalités de revenus, de patrimoine, ni donc celles de pouvoir, qui en découlent.
     
  • Une analyse électorale béatement optimiste, simpliste et lacunaire. Celle que l'on retrouve dans l'idée que les évolutions ethniques des États-Unis constituent mécaniquement une majorité qui ne peut que s'imposer à terme dans les urnes. Peu différente de celle de Terra Nova en France. Le poids croissant des minorités, une majorité stable chez les femmes, le vote des personnes LGBTQI+ représentent des variables sûres. Qu'on s'autorise à privilégier électoralement et dans les programmes, au détriment des classes modestes et pauvres, travailleurs et chômeurs. Car ceux-ci n'ont "nowhere else to go" : au pire ils s'abstiendront[2]. Vrai ou faux ? Peu importe, c'est oublier que les discriminés qu'on défend sont surreprésentés parmi les pauvres qu'on ne défend plus… Quel contresens !
     
  • Last but not least, une envahissante bonne conscience. Analysée ici au prisme des discours et de l'équipe de campagne d'Hillary Clinton, ou des stratégies de communication de la Maison Blanche Obama. Mais c'est plus qu'une stratégie, c'est un vrai enfermement psychologique. Notre "classe libérale" est intimement persuadée de représenter le bien, face au mal que représentent les horribles réactionnaires. Plus elle s'en persuade, moins elle a besoin de se demander s'il ne faudrait pas faire plus, ou différemment, pour changer le fonctionnement du système économique et politique dans son ensemble.



Applicable partout en Europe ? Voire. Chez Hollande et Macron, chez Blair et Brown, chez Schröder, chez Renzi, certainement.


Peut-être pas chez Corbyn.


Un parti peut disparaître en oubliant sa mission historique. La notion de gauche et de lutte pour la justice ne peut pas mourir.


[1] Cet essai, publié six mois avant l'élection présidentielle américaine de 2016, est désormais doté d'une postface tenant compte de ses résultats.
[2] La postface analyse l'effet du discours de Donald Trump sur ce postulat : que se passe-t-il quand le parti du patronat par excellence prend, ou affecte de prendre un discours populiste anti-libre-échange?

Hollande s’en va, et je me sens perdu : pourquoi, militant de gauche, j’ai tant de mal avec Macron

Ce texte n’est pas un texte à thèse. Il n’est pas une appréciation sur le programme d’Emmanuel Macron. Encore moins un jugement sur ses accomplissements, à lui qui prend ses fonctions ce jour.

Ce texte est une explication, mêlant analyse et émotions : pourquoi le nouveau Président est-il pour moi un tel alien, une personnalité si inquiétante, alors même qu’idéologiquement, en bien ou en mal, il ressemble à tant de ministres sortants ?

Tenter de répondre à cette question, c’est aussi apporter un élément d’explication à la dureté des débats entre militants de gauche à son sujet, notamment entre les deux tours de la présidentielle. Pourquoi a-t-il été, pour certains, plus difficile de voter Macron en 2017 que Chirac en 2002 ? Le centrisme libéral du nouveau Président, après tout, n’était certainement pas plus inquiétant que celui, autoritaire, d’un Manuel Valls.

Tenter de répondre à cette question, c’est également, de mon point de vue, décrire certains des mécanismes qui rendent notre Vème République si peu démocratique, mettant ses institutions au service d’une technocratie politiquement irresponsable.

La règle du jeu

Pour un militant socialiste qui, comme moi, a rejoint le PS plus d’une décennie avant l’élection de Macron, quelle est la règle du jeu ? Rejoindre le PS, ce n’était pas se mettre au service d’un leader. Rejoindre le PS, c’était rejoindre la plus grande force politique de gauche, avec toutes ses imperfections. L’avoir choisie parce que le système partisan et électoral du pays en faisait, parfois par défaut, la seule capable de conduire une alternance.

Rejoindre le PS, c’était aussi rejoindre un parti d’opposition, qui allait encore le rester encore plusieurs années.

Rejoindre le PS, c’était enfin, et surtout, comme cela avait été le cas depuis le Congrès de Tours, rejoindre un parti dont la qualité essentielle, malgré une histoire chargée de péchés, était de pouvoir débattre démocratiquement en interne. Pouvoir confronter des points de vue, amender des programmes, voter sur ceux-ci, voter encore pour désigner ses candidats à chaque élection. Perdre parfois en interne, mais y faire avancer des idées. Avec, donc, la promesse qu’un jour celles-ci seraient portées au Gouvernement. Récompense démocratique d’année d’efforts et de compromis.

Moi et Gaspar Gantzer[1] dans le parti de François Hollande

J’ai été collègue de Gaspar Gantzer. Des années avant qu’il rejoigne l’Elysée. S’il n’est pas Macron, il peut incarner une autre facette de la galaxie PS de ces années, dont le nouveau Président est la conclusion (provisoire).

J’ai été son collègue, quand il était jeune énarque, chef d’un bureau au sein de la Direction générale du travail. J’étais plusieurs grades au-dessous dans la hiérarchie, et j’étais rattaché à un autre bureau : autant dire que mes observations ont leurs limites et que je ne prétends pas tout comprendre du personnage, ni porter une appréciation sur son travail.

Quoi qu’il en soit, entre 2006 et 2008, je n’avais pas le sentiment qu’il dédiait son temps libre, comme moi ou d’autres militants PS, à des collages d’affiche, à des tractages, à la rédaction de contributions pour alimenter les programmes et les motions de Congrès. Je suppose qu’il devait se construire le réseau qui allait bientôt lui permettre de commencer une vie de collaborateur en cabinet. Je ne sais pas s’il avait sa carte du parti.

Je ne suis pas sûr que ses activités comportaient, comme les miennes, l’approche systématique et parfois fastidieuse de dirigeants et grands élus, tous courants confondus, pour argumenter, recueillir des soutiens, et tenter, pas à pas, de construire une force politique plus proche de mes valeurs.

Quoi qu’il en soit, que des profils comme les nôtres aient pu coexister dans la vie du principal parti de gauche faisait partie de la norme. Ce parti restait en grande partie un parti d’élus. Beaucoup d’adhérents étaient collaborateurs d’élus. D’autres y apportaient leur expérience de militants associatifs, de syndicalistes, d’intellectuels. Chacun y connaissait des insatisfactions, et des petits succès.

Au fond, le personnage de François Hollande a été un premier secrétaire très logique : avec son art de la synthèse, son passé technocratique, mais aussi son côté jovial, son goût pour les fêtes de la rose, sa connaissance des fédérations, de leur histoire et de leurs personnalités, grandes comme de terrain, souvent rocambolesques. Sa capacité, hélas, à laisser irrésolus des arbitrages pourtant capitaux – pensons à la politique énergétique...

Ségolène Royal, Martine Aubry, de deux manières différentes, ont pu tenter de représenter une différence de méthode. Mais, elles même issues de ce milieu, elles ont, in fine, échoué à le modifier.

Et puis il y a eu 2012…

Deux beaux soirs de victoire. En mai, la présidentielle. À 20h, pour l’annonce des résultats, j’étais au Centre LGBT de Paris-Île-de-France, avec des militants associatifs dont tous, loin de là, n’étaient pas socialistes. Soulagement dans la salle à l’annonce du départ de Sarkozy, beaucoup d’espoir aussi, malgré une grande prudence. Un bon moment.

En juin, les législatives. Pour l’annonce des résultats, j’étais dans un bar bruxellois, avec la section du PS français de l’étranger. L’impression, que, circonscription après circonscription, la promesse de mai prenait corps, pourrait être mise en œuvre. Soirée précédée par des mois de porte à porte auprès des français de Belgique, des Pays-Bas et du Luxembourg. Et couronnée par l’élection de Philip Cordery[2], député socialiste pour la 4ème circonscription des français de l’étranger, qui recouvre ces trois pays.

Et puis… Il y a eu la pratique.

Certaines promesses ont été tenues. Il y a quelques jours, Yann Barthès témoignait de la grande tolérance de l’Élysée sous Hollande pour toute forme de critique à son égard. Un hommage parmi d’autres, qui se multiplieront avec le temps. Dans le même temps, il y a eu bien des déceptions, bien des initiatives oubliant d’autres promesses. Certaines, hélas, contredisant absolument les valeurs qui étaient les nôtres au printemps 2012.

Mais, encore une fois, ce texte n’est pas un bilan politique.

Si je me sens tellement perdu, c’est peut-être pour d’autres raisons. Qui ne sont pas sans lien avec ces errements. Qui expliquent le désarroi de nombreux militants face à la situation actuelle.

Quand on perd tout contrôle…

Quand on a œuvré des années pour amender le programme d’un parti, et que celui-ci arrive au pouvoir, quand, avec des collectifs associatifs, on a obtenu ce succès, et qu’enfin le parti gagne les élections, on ne s’attend pas à perdre prise sur la réalité. C’est pourtant ce que, nombreux, nous avons ressenti.

Que notre parti cessait, de facto, d’exister en tant qu’auteur d’un discours politique, au moment même où ce discours devait être traduit en actions.

Que des conseillers en cabinet, issus de la haute administration (notamment) mais bien rarement du parti lui-même et de ceux qui avaient construit son programme, étaient chargés de définir la politique de l’exécutif.

Que la majorité absolue du Groupe socialiste à l’Assemblée, dans laquelle nous connaissions bien tant de député dont nous avions fait vivre les campagnes sur le territoire, était prise en étau entre nos liens souvent réels et amicaux, et l’injonction de suivre les arbitrages de l’Élysée à la lettre, dans un monde politico-médiatique avide de « couacs[3] » et à l’affût des dissidences. Et ce, avant même la multiplication des 49-3 sous la direction autoritaire d’un Manuel Valls en pleine dérive par rapport au programme électoral de 2012.

Que nous n’étions pas consultés, sauf, exceptionnellement, en fonction de l’agenda de l’exécutif – certainement pas du nôtre.

Qu’enfin les choses nous échappaient complètement, avec l’hystérie politique qui a suivi les attentats de 2015, la déchéance morale qu’a constitué la réforme constitutionnelle proposée dans l’urgence et sans concertation moins de 72 heures après le Bataclan, puis les réformes sociales menées à grands coups de menton par un Premier ministre au populisme de plus en plus xénophobe.

Macron aux commandes, vu de Belgique

Emmanuel Macron, lui, n’a pas ce passé militant. Tout au long de ce quinquennat, il a été en permanence proche des commandes. Au sein de l’Élysée comme secrétaire général adjoint, puis au Ministère de l’économie, de l’industrie et du numérique.

Du fait de son passage si rapide de l’ombre des cabinets à la lumière des premiers rôles, il a brillamment incarné, bien qu’il ne soit qu’un des ses nombreux acteurs, un phénomène étrange : la perte de contrôle du collectif-parti, auteur du programme électoral, sur la mise en œuvre des la politique de la France par les élus de ce même parti.

Pendant ces mêmes années, j’ai vécu une autre expérience : ma vie politique belge. En Belgique, les élus d’un parti sont encore couramment appelés les mandataires de ce parti. Malgré des frustrations, l’idée demeure que les représentants du peuple, désignés candidats par un parti, gardent une responsabilité envers leurs militants.

En Belgique, il y a des accords de coalition écrits entre les partis formant un exécutif, aussi bien au niveau fédéral qu’aux niveaux régional et communal. Un parti ne gouverne jamais seul, ne peut jamais mettre en œuvre tout son programme. En revanche, sa crédibilité dépend de l’application des points de programme qu’il a réussi, en fonction de son poids électoral, à introduire dans l’accord de coalition. Tout cela est écrit, publié sur les sites des institutions, et donc vérifiable.

En Belgique aussi, les élus travaillent en contact avec leur parti et avec la population. Il est plus facile pour moi aujourd’hui, en tant que responsable associatif, d’échanger avec des parlementaires de la droite belge qu’avec les élus de « ma » majorité socialiste sortante en France.

Une autre règle du jeu

Une nouvelle règle du jeu l’a donc emporté. Une autre éthique aussi, certainement. Une règle différente de celle qui inspire le jeu politique belge, une règle très différente surtout de celle dans laquelle s’inscrivait depuis le début mon militantisme au PS français. La règle qui ÉTAIT celle du militantisme dans les partis de la gauche française.

C’est, dans la trajectoire Macron, ce qui frappe douloureusement tous ceux qui sont issus de ce militantisme.

Certes, le régime se présidentialisait de plus en plus, et cela était inquiétant. Certes, nous composions avec des procédures nouvelles, comme les primaires ouvertes, qui soulevaient bien des questions. Pourquoi militer en permanence, si nous perdions notre rôle dans le choix de nos mandataires ? Pourquoi s’échiner à un laborieux travail sur les programmes, si l’arbitrage final se faisait sur le nom des candidats, en dehors des partis ? Pourquoi d’ailleurs un travail programmatique, si au final le choix d’une personne prenait le dessus ? Mais enfin, il s’agissait encore d’une procédure d’arbitrage collective, démocratique. Le militantisme pouvait survivre en adaptant son calendrier et ses cibles : la confiance des candidats potentiels, plus que l’appareil du parti, par exemple.

2017 a achevé de détruire cela.

Parce que les primaires ont eu lieu, et que leur résultat n’a pas été respecté.

Parce que le gagnant, lancé par le champion que nous avions propulsé il y a seulement cinq ans, vient d’un autre univers et ignore ostensiblement le nôtre.

Parce que beaucoup de nos élus, y compris parlementaires sortants, ont vu leur salut en lui, et l’ont rejoint en abandonnant leur base militante en plein combat électoral.

Parce que la séquence électorale a jusqu’ici récompensé ceux qui piétinaient notre règle du jeu.

Parce qu’à la veille des législatives, bien des professions de foi issues de nos anciens rangs se réclament de la future « majorité présidentielle ». Laquelle est donc en voie de se renforcer par des ralliements pré-électoraux gratuits, plutôt que par des accords de coalition programmatiques fondés sur un rapport de force post-électoral.

Atterrissage brutal sur un terrain inconnu

Il n’est pas surprenant que l’atterrissage soit brutal, et que nos repères soient perdus. Chacun doit faire des choix dans une situation nouvelle, peut-être même dans un nouveau monde.

Un nouveau monde qui commence – où dont nos prenons conscience – par l’intronisation d’un Président dont l’élection s’est faite sur notre négation.




[1] Des années plus tard, Gaspar Gantzer, après avoir géré la communication de François Hollande (je ne commente pas le brio de la performance), se voit proposer une circonscription par le nouveau Président – il a finalement décliné.
[2] Philip Cordery a soutenu Emmanuel Macron dès le premier tour de l’élection présidentielle de 2017.
[3] Thème récurrent des commentaires politiques sous le Gouvernement Ayrault.

Quelle Présidente pour la France en 2017 ? Partie 7, conclusion : c'est l'heure d'aller voter...

L’évolution de la Vème République a accouché d’un système présidentialiste où la séparation des pouvoirs n’est plus assurée. À l’approche de l’élection présidentielle de 2017, les forces dominantes du spectre politique s’inscrivent dans la logique de cette évolution, sans égard pour les principes du régime parlementaire sur laquelle la Constitution républicaine française est initialement fondée.

Dans ces conditions, tout en préparant le long terme, il convient de sauver les meubles à court terme, de limiter la casse et de préserver la possibilité d’une réforme institutionnelle future qui endigue l’autoritarisme.

Face à l’hystérisation identitaire qui a saisi de larges franges de la société et de la classe politique, il faut privilégier, dans toutes les familles politiques, l’émergence de candidats capables de ne pas jeter de l’huile sur le feu. De contrer ceux qui, à la Trump, sont entrés dans une logique de pré-guerre civile en opposant systématiquement les communautés et groupes religieux et ethniques entre eux (tout en niant leur existence au nom de l'unité de la République, belle prouesse rhétorique !), pour mieux éviter la question sociale.

J’assume donc la position suivante : il est légitime d’aller voter à toutes les élections primaires qui nous sont proposées.

Il nous sera demandé de signer des documents affirmant notre accord avec des principes qui ne sont peut-être pas pleinement les nôtres…

Mais les candidats qui s’affrontent lors de ces scrutins respectent-ils bien les principes de la République dans laquelle ils prétendent jouer les premiers rôles ? Certains respectent-ils même les principes cités dans les documents de leur propre primaire (Nicolas Sarkozy respecte-t-il les "principes républicaine (de la droite et) du centre" ? C'est une plaisanterie.


Participer à ces élections, chacun selon sa conscience, relève d’une éthique de la responsabilité, au-delà de nos convictions idéologiques qui trouveront (peut-être) à s’exprimer lors du premier tour de l’élection présidentielle, et plus sûrement lors des élections législatives.

Quelle Présidente pour la France en 2017 ? Partie 6 : Pourquoi UNE Présidente ?

Une question affole certains lecteurs : pourquoi avoir parlé « d’une Présidente » tout au long de ce cycle de réflexion ? Serait-ce que celui qui tient la plume (moi, quoi) a une idée précise derrière la tête, un nom à proclamer ? Quelle est la femme providentielle ?
La réponse est qu’il n’y en a pas, pas plus que d’homme providentiel. Je n’ai évidemment pas écrit ces lignes pour clamer mon allégeance à telle ou telle. Voici pourquoi j’ai parlé au féminin :

  • D’une part, la prochaine personne titulaire du poste sera soit un Président, soit une Présidente. C’est une certitude, liée à l’usage pour encore obligatoire de la catégorie improprement dénommée « sexe »[1] dans l’état civil des personnes physiques.
  • D’autre part, ce cycle se concentre sur les dysfonctionnements du régime actuel. Il n’a pas pour objectif d’aborder le fond des programmes politiques, il est resté muet sur les très nécessaires actions à renforcer pour détruire les stéréotypes et inégalités basés sur le genre, l’orientation sexuelle, l’identité de genre. Muet aussi, d’ailleurs, sur bien d’autres stigmatisations, à commencer par l’origine ethnique et les convictions religieuses ou philosophiques, dont une bonne partie de la classe politique joue aujourd’hui d’une manière incendiaire. C'est une petite frustration pour moi !
En attendant une prochaine contribution à ce sujet, avouons-le : l’usage féminin est donc une manière de ne pas faire totalement disparaître ces questions, plus que jamais pertinentes.


Dans la réalité, la prochaine Présidente peut parfaitement être un Président. Par exemple, un homme trans.




[1] Puisque la loi française permet désormais très explicitement de changer cette mention sans intervention médicale, il est évident que le mot exact serait genre, puisqu’on peut avoir des femmes dotées d’un appareil génital et de caractères sexuels « masculins », et des hommes dotées d’un appareil génital et de caractères sexuels « féminins ».